
La région entourant les villes de Salaberry-de-Valleyfield
et Beauharnois présente une histoire industrielle et sociale
importante. Principalement formée de terres agricoles,
cette région est vite devenue l’exemple parfait
des transformations sociales et ouvrières apportées
par l’ère industrielle.
Allez-y ! Naviguez à travers
une histoire qui s’inscrit parfaitement dans le développement
du Québec et du Canada.
À la conquête
des rapides du fleuve! • Les navires
passent, les industries demeurent • L’industrialisation
suit le courant
Au
pic et à la pelle , à la sueur et au sang • Un
géant vient s’étendre sur nos terres • Un
canal « super High-Tech »
Au fil de l’eau, on file le coton • L’eau,
la vie, la fête
À LA CONQUÊTE DES RAPIDES
DU FLEUVE! (haut de page)
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Construction du premier canal
de Beauharnois - rue Victoria, circa 1842, collection Gérald Sullivan,
Musée de société des Deux-Rives |
Dès les débuts de la colonie, la
navigation est compliquée par les rapides du fleuve Saint-Laurent,
qui représente la principale voie de pénétration,
de communication et de commerce sur le territoire.
Très tôt, on met en place des moyens rudimentaires
pour traverser ces barrières naturelles. D’abord,
les berges sont aménagées pour faciliter les portages.
Puis, au XVIIe siècle, on construit quelques rigoles.
Ces petits canaux, creux de moins d’un mètre, permettent
de contourner les rapides en tirant les embarcations avec des
cordes. De cette façon, le déchargement systématique
des marchandises est évité.
Le canal de Coteau-du-Lac, terminé en 1781, comprend
les premières écluses en Amérique du Nord.
Le site militaire est ensuite fortifié au cours de la
guerre de 1812-1814, au moment où l’Angleterre est
en conflit avec les États-Unis.
LES NAVIRES PASSENT, LES INDUSTRIES DEMEURENT (haut
de page)
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Construction du premier canal
de Beauharnois par les ouvriers irlandais, circa 1843, collection Gérald
Sullivan, Musée de société des Deux-Rives |
Après avoir contribué à la défense
du territoire, les canaux formeront, au XIXe siècle, la
principale voie de développement économique et
industriel du Québec.
L’ensemble des canaux du fleuve Saint-Laurent facilite
la navigation entre l’Europe, le Canada et les États-Unis
et permet l’exploitation de la force hydraulique. Ces deux
facteurs attirent les industries à proximité de
cette ressource précieuse. Le canal Lachine est le premier
de plusieurs grands canaux construits sur le fleuve.
Au XIXe siècle, Salaberry-de-Valleyfield réunit
les conditions gagnantes à l’industrialisation :
une voie d’eau navigable et la présence d’une
force hydraulique. En effet, le premier canal de Beauharnois
coule au milieu de la ville et la rivière Saint-Charles
présente une puissance potentielle intéressante.
L'INDUSTRIALISATION SUIT LE COURANT (haut
de page)
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Usine Kilgour en opération de 1863 à 1977,
Société historique de
Beauharnois. |
L’industrialisation de Beauharnois commence
timidement au XIXe siècle avec l’installation de
la Kilgour, une usine de meubles. Puis, en 1912, M. Howard Smith
fonde une usine de traitement de la pulpe. Mais c’est véritablement
la construction d’une immense centrale hydroélectrique
qui lança l’économie de Beauharnois. En effet,
l’accès à l’électricité abondante
et peu coûteuse attire plusieurs usines énergivores
près de la centrale, dont Alcan en 1943.
Un canal est creusé pour amener l’eau à la
centrale. Le gouvernement donne son accord à ce chantier
gigantesque, à condition qu’il puisse aussi éventuellement
servir à la navigation.
En 1863, une usine de meubles fabriqués à la main
s’installe à Beauharnois. La Kilgour emploie des
centaines de personnes jusqu’en 1977, année de sa
fermeture.
Débutée en 1929, la première des trois
sections de la centrale électrique de Beauharnois est
mise en service en 1931. Les travaux d’agrandissement se
poursuivent ensuite jusqu’en 1961. On la considère
alors comme la centrale la plus puissante au Canada.
L’architecture d’inspiration art déco de
la centrale lui procure une élégance exceptionnelle.
Elle est aujourd’hui désignée lieu historique
national.
AU PIC ET À LA PELLE, À LA SUEUR
ET AU SANG (haut
de page)
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Pont-canal aqueduc Saint-Pierre, circa 1950,
Société historique
de Beauharnois |
Au XIXe siècle, il devient crucial pour le développement
du commerce du Canada de construire un canal contournant les
rapides entre les lacs Saint-Louis et Saint-François.
Le premier canal de Beauharnois est donc construit de 1842 à 1845.
Ouvert en 1845, le canal est fermé à la navigation
en 1907.
Des ouvriers installent des rails pour tirer la terre hors du
chantier à l’aide de chariots et de chevaux. Le
travail est fait au pic et à la pelle par des milliers
d’hommes, majoritairement des immigrants irlandais. Le
chantier s’étire sur 18 kilomètres.
Les ouvriers travaillent de longues heures pour un maigre salaire.
En 1843, quand le gouvernement donne la charge du chantier à des
entrepreneurs privés, les conditions se détériorent.
Le 12 juin, plus de 2000 ouvriers se retrouvent à l’hôtel
Grant de Saint-Timothée pour exiger de meilleures conditions
de travail. Les soldats britanniques ouvrent le feu, tuant et
blessant plusieurs travailleurs.
Situé à Saint-Timothée,
le pont-canal est un vestige important du premier canal de Beauharnois.
Aussi appelé aqueduc
Saint-Pierre, il permettait aux agriculteurs de passer sous
le canal pour rejoindre leurs terres.
UN GÉANT VIENT S'ÉTENDRE SUR NOS
TERRES (haut de page)
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Construction du complexe hydro-électrique
de Beauharnois, 1931, collection Hydro-Québec,
Musée
de société des Deux-Rives |
Construit de 1929 à 1932, le deuxième canal de
Beauharnois sert de canal d’amenée pour la centrale électrique
de Beauharnois, mais il est aussi conçu pour permettre
la navigation. Ainsi, les ponts enjambant le canal sont facilement
remplacés par des travées levantes lors de la construction
de la Voie maritime. Deux écluses permettent de contourner
la centrale et d’élever les bateaux de 25 mètres
entre les lacs Saint-François et Saint-Louis.
Long de 24 km et large de 1 km, le deuxième canal de
Beauharnois fait partie intégrante de la Voie maritime
du Saint-Laurent depuis son inauguration en 1959.
De nombreuses terres agricoles sont sacrifiées et des
terrains en bordure du lac Saint-François sont inondés
lors des travaux. De plus, les villages situés sur la
rive sud du canal se voient maintenant isolés de l’activité industrielle
de Salaberry-de-Valleyfield.
La construction du deuxième canal de Beauharnois nécessite
des travaux titanesques souvent comparés à ceux
effectués pour le canal de Panama, qui relie l’océan
Atlantique à l’océan Pacifique en Amérique
centrale.
UN CANAL « SUPER HIGH-TECH » (haut
de page)
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Vue aérienne du port de Valleyfield, 2004, Société du
Port de Valleyfield |
Ouverture rapide des portes des écluses, remplissage
des bassins avec des turbulences minimales, fonctionnement électrique
des ponts tournants et des déversoirs, éclairage
du canal, etc., les technologies les plus novatrices sont mises à profit
au canal de Soulanges lors de son ouverture en 1899.
Quelques dizaines d’années plus tard, il est pourtant
rattrapé par les avancées technologiques du monde
maritime et le tonnage toujours plus impressionnant des navires. À l’automne
1958 ont lieu les dernières traversées du canal
Soulanges.
Lors de sa fermeture, quelque 130 personnes travaillaient pour
le canal dont des éclusiers, des pontiers, des électriciens,
des mécaniciens, des forgerons, des menuisiers, des scaphandriers,
des peintres, des employés de bureau. De plus, plusieurs
personnes occupaient des postes de capitaines, de pilotes, de
bateliers sur les navires qui sillonnaient le fleuve Saint-Laurent.
Le canal de Soulanges remplace le premier canal de Beauharnois,
devenu désuet à la fin du XIXe siècle. Long
de 24 kilomètres et comprenant cinq écluses, il
emprunte la rive nord pour contourner les rapides entre les lacs
Saint-Louis et Saint-François.
Une centrale est construite en 1899 pour assurer l’électrification
du canal. Il devient ainsi le premier au monde à être
illuminé tout le long de son parcours. La navigation est
donc possible 24 heures par jour.
AU FIL DE L'EAU, ON FILE LE COTON (haut
de page)
La force hydraulique fait fonctionner les premières industries à Salaberry-de-Valleyfield.
Ainsi, un premier moulin à papier est construit en 1853
par M. Miller. La Valleyfield Paper Mills donnera son nom à la
ville. À la même époque, quelques autres
petites usines s’installent aussi sur les berges de la
rivière Saint-Charles : des scieries mécaniques,
des moulins à farine et un moulin à moudre.
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Grève à la Montreal Cotton Company,
1946, collection Madeleine Parent et Kent Rowley, Musée
de société des Deux-Rives |
Mais c’est véritablement grâce à l’installation
de la manufacture de coton Montreal Cottons Co., en 1874, que
la ville devient un point névralgique dans l’activité industrielle
du Québec.
Alors que l'industrie du coton emploie presque 7000 personnes
au Québec, l’usine de Salaberry-de-Valleyfield compte
2500 travailleurs. La capacité de production et la main-d'œuvre
de la Montreal Cottons Co. sont les plus importantes au Canada
durant environ 60 ans, soit de 1890 à 1950.
Le premier canal de Beauharnois joue un rôle primordial
dans le développement de Salaberry-de-Valleyfield. Il
fait partie de la vie quotidienne des habitants autant que de
la vie industrielle. À cette époque, les bateaux à vapeur
voguent en plein centre-ville.
Face aux longues heures de travail, aux bas salaires
et aux conditions de travail difficiles, les quelques 3000 ouvriers
de la filature déclenchent une grève, le 1er juin
1946. Menés par Madeleine Parent et Kent Rowley, les grévistes
réussissent, au bout de 96 jours, à faire valoir
leur syndicat et à négocier une convention avec
les dirigeants. Certains événements de cette grève
sont perçus comme une prémisse de la Révolution
tranquille.
L'EAU, LA VIE, LA FÊTE (haut
de page)
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Régate sur la baie Saint-François, circa
1940, collection Musée de société des
Deux-Rives |
Plusieurs grandes industries s’installent à Salaberry-de-Valleyfield
au cours des années 1960. Elles profitent ainsi de l’accès
direct à la Voie maritime du Saint-Laurent, ouverte en
1959. La Canadian Electrolyc Zinc ouvre ses portes en 1963 et
la Goodyear fait de même en 1965. La même année,
le port de Valleyfield accueille son premier navire océanique.
L’omniprésence de l’eau fait partie intégrante
de la vie de Salaberry-de-Valleyfield et des Campivalensiens.
De tout temps, ils ont su profiter de cette richesse inestimable à travers
des activités où l’eau était prétexte
aux rassemblements. D’ailleurs, la ville tient chaque été,
depuis 1938, des régates très attendues par la
population. En 1998, à l’occasion des 60e Régates
internationales de Valleyfield, 100 000 personnes assistaient
aux courses, dans l’atmosphère unique à cet événement.
Depuis longtemps, les bâtiments et la cheminée
caractéristique de la Montreal Cottons Co veillent sur
les plaisirs nautiques de Salaberry-de-Valleyfield. En 1967, à l’occasion
de l’Exposition universelle et du centenaire de la Confédération
canadienne, et en 1976, à l’occasion des Jeux olympiques
de Montréal, la ville organise des régates mondiales
sanctionnées par différentes organisations nautiques
dans le monde.
Le passé de la région de Salaberry-de-Valleyfield
est en lien direct avec l’histoire de l’industrialisation
au Québec. Après le creusage du canal Beauharnois
et le début d’une activité industrielle dynamique,
l'implantation de la compagnie Montreal Cottons Co, en 1875,
apporte un second souffle économique à Salaberry-de-Valleyfield.
En 1946, avant même les événements d’Asbestos,
la Montreal Cottons Co connaissait une grève importante
pour la reconnaissance syndicale. Pour la première fois
au Québec, la population osait sortir dans la rue et ce,
malgré l’opposition claire du clergé. Plusieurs
spécialistes avancent même le fait que ces événements
seraient à la base de la Révolution tranquille
au Québec.
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